Hommage à un ancien diplômé de l’UQAM

Professeur Sékou Moussa Keita

Des professeures et professeurs de l’UQAM rendent hommage au professeur Sékou Moussa Keïta, diplômé de l’UQAM (Ph.D. sciences de l’environnement, 2000) et ancien directeur général du Centre d’Étude et de Recherche en Environnement (CERE) de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, en Guinée.

Nous saisissons l’occasion d’une triste nouvelle pour partager une histoire inspirante.

Diplômé de l’UQAM et ancien Directeur Général du CERE, Centre d’Étude et de Recherche en Environnement de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry en Guinée, le professeur Sékou Moussa Keita est décédé. Bien que sa mort ait eu lieu, le 21 juillet 2021, son parcours continuera à inspirer de nombreuses personnes et générations futures de chercheur-e-s et c’est pour cela que nous voulons le faire connaitre à la communauté de l’UQAM.

Celui qui est devenu le professeur Sékou Moussa KEITA était licencié en sciences biologiques (botanique) de l’Université Julius Nyerere de Kankan en Guinée et détenteur d’un Master en sciences biologiques de l’Université d’Ottawa. En 1992, après cette formation, il est retourné servir au Département de Biologie de l’Université Julius Nyerere.

Rappelons que de 1995 à 2008, l’UQAM, grâce à son Service des relations internationales, et toute une équipe de professeur-e-s, a fortement soutenu la mise en place du CERE, et de ses programmes d’enseignement et de recherche, sous la direction du professeur Jean-Pierre Schmidt (Chimie), puis sous celle du professeur Michel Raymond (Biologie). Une maitrise en sciences de l’environnement puis un programme de PhD (accrédité par le Certificat d’Aptitude au Professorat de l’Enseignement du Second degré (CAPES) ont été mis sur pied en collaboration avec ceux de l’Institut des sciences de l’environnement. C’est dans ce contexte que Moussa Keita a été admis au concours de recrutement au Centre d’Étude et de Recherche en Environnement (CERE) de Conakry, et qu’il a bénéficié d’une bourse de doctorat de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) pour réaliser un PhD en Sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Montréal obtenu en 2000. Sa thèse était intitulée : Recherche d’un insecticide d’origine botanique en vue de protéger les grains de niebe en stockage contre la bruche à quatre taches, Callosobruchus Maculatus (F.) en République de Guinée, et a été dirigée par le professeur Jean-Pierre Schmit.

Lors de ses études à l’UQAM dans le cadre de la collaboration entre le CERE et l’ISE, M. Keita avait été sélectionné pour participer au premier atelier de formation francophone en 1996 du Programme « African Development Dissertation Workshops », de la Fondation Rockefeller. Ce programme était administré par l’Institute of International Studies de l’Université de Californie, Berkeley, et les ateliers pour toutes les universités francophones étaient dirigés à partir de l’UQAM. Ces ateliers de formation doctorale avaient comme objectif de valoriser et d’améliorer les recherches menées par des chercheur-e-s d’origine africaine inscrits en thèse en Amérique du Nord dont le nombre était estimé, à l’époque, à plus de 6000. Les ateliers qui se tenaient chaque année au Québec étaient interdisciplinaires, réunissant des chercheurs en histoire, chimie, éducation, médecine, biologie, etc., ce qui expliquait leur grande originalité dans ce programme nord-américain. Chaque participant et participante devait présenter son expérience de recherche, dont de terrain, et les défis impliqués. Celle de Moussa Keita était des plus originale et difficile. Dans un premier temps, il devait avoir les autorisations de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), responsable de l’importation d’invertébrés et de microorganismes susceptibles de poser des risques phytosanitaires pour le Canada, pour importer les matières qu’il avait sélectionnées et dont il avait besoin pour ses expériences. Au lieu d’utiliser des pesticides, son hypothèse était que les huiles essentielles sélectionnées élimineraient les insectes ravageurs de la plante hôte qu’il étudiait, le niébé, une légumineuse à graines originaire d’Afrique, très intéressante d’un point de vue nutritionnel et appréciée dans la région.  De plus, lors de ses expériences de terrain en Guinée, Moussa Keita ne bénéficiait pas de l’équipement qui était essentiel pour stériliser ses instruments. Avec énormément d’inventivité, il remplaça l’équipement scientifique non disponible, par une bonne cocotte-minute qui s’est avérée tout à fait capable de remplir ses objectifs. La présentation de son terrain, projection de diapositives à l’appui, donna lieu non seulement à de chaleureux applaudissements de la part de tous les participants et participantes, mais aussi au fait qu’il fut surnommé par la suite « Moussa cocotte-minute ».  Lors des ateliers que nous avons organisés les années suivantes, en 1997, 1998 et 1999, Mousa Keita fut toujours disponible pour revenir généreusement sur le site de l’atelier, pour partager sa propre expérience de recherche de terrain, combien inventive, et ainsi servir comme mentor et source d’inspiration pour les générations successives de participant-e-s des ateliers francophones.

Son parcours professionnel [1]

Après l’obtention de son doctorat, Dr. Moussa Keita a été homologué à l’Université Julius Nyerere de Kankan pour dispenser d’abord le cours de Zoologie 2, ainsi que de Botanique et de Physiologie végétale. Par la suite et à sa demande, il fut affecté à la Station Autonome de Sérédou (Macenta) en guise de préparation de la relève de l’éminent botaniste El-Hadj Mohamed Fora CAMARA alors proche de la retraite.

Successivement, il a occupé les postes de Chef du laboratoire de botanique tenant lieu d’herbier national, de Chef de division de plantes médicinales à la fermeture de l’usine de quinine et à la création du Centre de Recherche sur les Plantes Médicinales et Cultures Industrielles de Sérédou. Vu les circonstances liées à ce nouveau service et à la mission de formation post-universitaire du Directeur Général, il fut nommé cumulativement Directeur des Affaires Administratives et Financières (Décision N° 3401/MESRS/PL/83) et ensuite Directeur Général par intérim (Arrêté N° 3194/MEN/SEESRS/87). C’est dans ces fonctions et après avoir débloqué le premier budget de fonctionnement de ce jeune Centre qu’il a demandé son départ pour l’Institut Central de Coordination de la Recherche et de la Documentation de Guinée (ICCRDG) et a été affecté à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry au Département de biologie chargé des cours de systématique végétale et d’ethnobotanique.

À travers ses formations, Moussa Keita s’est spécialisé en relations plantes-insectes et il a réussi à mettre au point un insecticide d’origine botanique (sur la base d’huile essentielle d‘espèces locales). Depuis 2001, il a réalisé plusieurs études d’impact environnemental et social des grands projets en Guinée, surtout des industries minières extractives. Il fut Directeur Adjoint chargé des Études de 2002 à 2011, puis Directeur Général Adjoint de 2011 à février 2013, et enfin Directeur Général du CERE à partir de 17 février 2013. Il fut de plus, le titulaire des cours de Méthodologie de l’Intervention et de Biodiversité et Gestion Durable des Ressources Naturelles.

Directeur de plusieurs mémoires de Master, le professeur Keita a aussi réalisé plusieurs travaux d’inventaire de diverses aires protégées. Il a exécuté pour le compte du Programme d’Appui aux Communautés Villageoises (PACV) sur financement de la Banque Mondiale, deux études majeures dont : i) Étude de la dynamique des feux de brousse pour la préparation d’un plan de gestion concerté des feux et ii) Préparation de modules de formation consacrés à la biodiversité destinés aux utilisateurs des ressources biologiques.

Son expérience de travail a principalement été focalisée sur les régions des grands barrages hydro-électriques (OMVS, OMVG, SEMAFO), des grandes industries minières (RUSAL, RIO TINTO-ALCAN, ALUFER etc.). À mesure que sa carrière avançait, il a consacré beaucoup de temps à la formation d’une équipe de relève constituée de jeunes gens motivés par les sciences biologiques surtout végétales. Il avait comme objectif de mettre en place une équipe de recherche pluridisciplinaire pour la production et la valorisation agricole des huiles essentielles en termes de protection des denrées stockées et de lutte contre les moustiques vecteurs du paludisme.

Pendant sa carrière, il a donné des cours non seulement au CERE mais aussi à l’Institut Polytechnique de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry (Génie Énergétique et des Procédés), au Centre Universitaire de N’Zérékoré, au Centre Universitaire de Kindia et au Centre d’Éducation Environnementale et au Développement de Kinkon-Pita. Il a présenté de nombreuses conférences et organisé des ateliers dans plusieurs Institutions d’Enseignement Supérieur et Institutions de Recherche Scientifique de Guinée.

Dr. Sékou Moussa Keita fut membre du Conseil Scientifique du Centre National des Sciences Halieutiques (CNSHB) de Boussoura et du Centre de Recherche de Conakry Rogbané (CERESCOR), ainsi que membre du Comité de pilotage du Programme Régional Côtier et Maritime (PRCM) représentant le collège Recherche.

À l’automne 2019, lors de sa dernière visite à l’UQAM avec laquelle il avait gardé de forts liens et de nombreuses amitiés, son souhait le plus profond et qu’il voulait matérialiser avant sa retraite, était de repartir avec des accords renouvelés entre l’UQAM et le CERE.  Ceci n’a malheureusement pas été possible. Il est à espérer que d’autres reprendront et assureront une suite positive à sa vision combien inspirante et mutuellement enrichissante pour les institutions impliquées.

Pour une brève présentation par le professeur Keita des objectifs, des services offerts et des collaborations du Centre d’étude et de recherche en environnement de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry en Guinée, sous sa direction, voir le site laplumeplus.net

Il ne pourrait y avoir une façon plus appropriée de résumer la contribution de ce chercheur exceptionnel et clairvoyant des défis qui nous attendaient et qu’il anticipait sur le plan environnemental et alimentaire, que de partager les paroles avec lesquels il concluait une entrevue accordée en 2014 à Gamal Infos:

« J’interpelle la jeunesse à redoubler d’ardeur, en s’appuyant sur les sagesses, afin d’être au chevet de notre environnement de jour en jour menacé. On est mieux quand son environnement est serein. C’est pourquoi j’interpelle tous les citoyens à une attitude responsable dans la gestion des problèmes environnementaux, car chacun peut un peu. »


[1] Les informations qui suivent sont tirées d’une interview que le Dr. Moussa Keita a accordé en 2014 à Gamal Infos. laplumeplus.net

Bonnie Campbell, professeure émérite, département de science politique
Claude Codjia, directeur de l’Institut des sciences de l’environnement
Lucie Sauvé, professeure émérite, département de didactique et chercheure associée à l’Institut des sciences de l’environnement
Jean-Philippe Waaub, professeur, département de géographie

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